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Rien à craindre,
Julian Barnes
Traduit de l'anglais par Jean-Pierre
Aoustin |
Présentation
Ce que ce livre est à coup sûr : un chef-d’œuvre. Ce qu’il n’est pas : ni un roman, ni vraiment un essai, ni à
proprement parler des mémoires ou une autobiographie.
Alors ? Alors une rêverie, une promenade autour des
thèmes favoris de Barnes : la littérature, la musique, la France
(toujours…) mais aussi Dieu, la religion et la mort. Triste, austère,
angoissant ? Oh non, pas du tout, admirablement construit (mais sans que
cela se remarque), merveilleusement écrit (ça, on s’en doute, et
superbement traduit), fabuleusement illustré de citations plus
savoureuses les unes que les autres.Voici ma préférée, emblématique du
livre entier :
« Isaac Bashevis Singer a dit un jour à Edmund Wilson
qu’il croyait en une forme de survie après la mort. Wilson a répondu
qu’en ce qui le concernait, il ne désirait pas survivre, merci bien.
Singer a répliqué : « Si une survie a été prévue, vous n’aurez pas le
choix de toute façon… » »
« Je ne crois pas en Dieu mais il me manque », déclare
Barnes, annonçant plus ou moins la couleur. Alors, la mort, et après ?
Faut-il en avoir peur ? Ils vont se bousculer pour lui répondre :
Montaigne, bien sûr, Jules Renard, évidemment, ses amis de toujours,
mais aussi Tristan Bernard, Arthur Koestler, des poètes, des musiciens,
de vieux compagnons de route, plus quelques nouveaux venus que nous
connaissions peu ou pas du tout : les parents de Julian, si touchants,
et son farfelu de frère, un des plus grands spécialistes d’Aristote, qui
a enseigné à Oxford et à la Sorbonne, mais vit aujourd’hui dans la
Creuse — en costume du 18e siècle — où il élève des lamas. Ceux-là ont
beaucoup de choses à dire — et j’avoue avoir éclaté de rire au moins
quatre ou cinq fois. Sur la mort ? Eh oui.
Alors, effectivement, « rien à craindre », ce livre-là,
dont chacun et chacune aura sa lecture personnelle, est une merveille
d’intelligence, de culture, de drôlerie, avec, quand même, une sacrée
pointe de nostalgie et c’est cette pointe de piment-là qui lui donne son
goût inoubliable.
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photo Jacques Sassier |
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