Présentation
Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Pierre-Marie Finkelstein
Voici le grand roman de l'après apartheid, période troublée s'il en fût. Certes les lois raciales n'ont plus cours. Mais les traces demeurent, celles des souffrances endurées, des crimes commis.
Silas, un métis, la cinquantaine, en apparence bien installé dans la vie, croise un jour dans une galerie marchande celui qu'entre tous il aurait voulu oublier : Du Bois, un policier à la retraite qui, voici dix-huit ans, a violé Lydia, sa très jeune femme, métisse elle aussi, pratiquement sous ses yeux. De ce viol est né Mikey, que Silas a élevé comme son fils et qui ignore tout de ses origines.
Mais de cette rencontre imprévue, que Silas ne peut s'empêcher de raconter à sa femme, va naître la tempête. Non, Lydia n'a rien oublié. Non, on ne fait pas le deuil d'un drame pareil. Après une tentative de suicide mal camouflée, Lydia sait que le secret l'étouffe. Secret que Mikey va finir par découvrir. Et à partir de là…
A partir de là, tout s'emballe, tout est peu à peu mis au jour. Les familles respectives de Silas et de Lydia ont des origines diverses, lointaines, mal mêlées. Les métis - Achmat Dangor est métis - ont peut-être toujours eu plus de mal que les autres à trouver leur place dans une société déchirée de toutes parts. Mikey va tenter de se raccrocher à de lointains ancêtres musulmans, se convertir, prendre les armes et devenir un vengeur . Oui, il tuera Du Bois, qui ne saura même pas que son assassin était son fils. Non, Silas et Lydia ne feront pas le deuil de leur passé. Nul ne peut sortir intact des souffrances d'autrefois.
Fruit amer est un livre splendide, d'une violence extrême, sous-tendue par une langue précise et dure. Je le répète, le grand roman de l'après apartheid, sans concessions d'aucune sorte.