Présentation
Traduit de l'anglais par Franchita Gonzales-Batlle
Après La mandoline du capitaine Corelli, traduit en plus de 40 langues et adapté au cinéma, Louis de Bernières a pris son temps pour nous donner un nouveau chef-d’œuvre. Le voici qui nous raconte, lui aussi, une histoire d’amour confrontée à l’horreur de la guerre. Cette fois, on remonte un peu plus le temps ; ce n’est plus de la 2e guerre mondiale qu’il s’agit, mais de la première, avec les drames qui l’ont précédée, puis suivie, dans l’ancien empire ottoman et la Grèce. Nous sommes à Eskibatche, un paisible village d’Anatolie, où Grecs et Turcs, orthodoxes et musulmans, vivent en paix depuis des siècles. La ravissante Philotei y est née en 1900 — personne n’avait jamais vu une aussi jolie petite fille — et elle y grandit adorée par Ibrahim, le petit berger. De toute évidence, ces deux-là se marieront un jour, peu importe la différence de religion, la pauvreté au quotidien. On sait à quel point L. de Bernières excelle dans l’art de faire vivre les personnages d’enfants…
Mais au-dehors, loin de ce coin perdu d’Anatolie, les grandes puissances s’affrontent et se déchirent. Des alliances se font et se défont, la guerre ravage, l’Europe et en 1915 une expédition franco-britannique dans le détroit des Dardanelles échoue à Gallipoli devant la résistance de l’armée turque. Or, en Turquie, un homme a entrepris de construire un état national turc, précisément à partir de l’Anatolie, Mustapha Kemal, devenu Ataturk. Nous allons suivre son histoire mouvementée, en même temps que celle des habitants d’Eskibatché, arrachés les uns après les autres à leur existence laborieuse et paisible, pour être jetés dans des conflits qu’ils ne comprennent pas. Comment devenir soudain l’ennemi de son voisin, de son frère, de son copain d’enfance ? Comment vivre au quotidien la haine, la peur, toutes les horreurs de la guerre, qu’elles aussi, Louis de Bernières sait décrire mieux que quiconque.
A peu près personne ne sortira indemne de ces drames, pas plus Philotei que le pauvre Ibrahim. Les états souverains « échangeront » sans état d’âme leurs minorités : un million quatre cent mille Grecs d’Asie mineure renvoyés vers une « patrie » qu’ils ne connaissent pas et quatre cent mille Turcs d’Europe — de Crète surtout — expédiés en Turquie dont ils ignorent jusqu’à la langue. Que peuvent l’amour, la tendresse, la vie d’une petite communauté — si fragiles et dérisoires barrières… — contre la violence et l’inhumanité des hommes.
C’est le thème central de ce livre magnifique, traversé de personnages inoubliables, de scènes atroces ou émouvantes, qui a été salué comme un Guerre et Paix d’aujourd’hui.