Présentation
Depuis quinze jours au moins qu'ils sont à Amsterdam, pour la première fois, ce soir, Julien réalise sa dépendance. Matthieu est le seul lien vivant, vraiment vivant, qui le rattache au monde extérieur. Il s'effrayait de ce voyage. Mais Matthieu a été tel que jamais il ne s'est senti pesant ou perdu. Miraculeusement, Matthieu le pousse en avant exactement là où il lui est possible d'aller. Il n'est pas celui qui emmène en voyage, Julien choisit avec lui, parfois contre lui. Aussi sa dépendance est-elle de l'ordre du cœur parce que l'amitié concerne le cœur. Oui, il aura besoin de Matthieu après leur retour en France […]. Amsterdam, au moins, aura été le révélateur de cette habitude attentive et tendre entre eux, forte et douce comme jamais Julien ne l'aurait cru possible. Parce que nous sommes deux hommes ? Mais non, c'est évidemment absurde. Parce que nous sommes démunis.
Julien et Matthieu sont liés par une amitié très forte. D'autant plus forte que Julien est aveugle. C'est tout naturellement, avec beaucoup de tendresse et de douceur, que Matthieu a endossé son rôle de guide , et prête ses yeux à Julien.
Quand ils décident de partir en voyage à Amsterdam, les deux jeunes hommes ont une idée derrière la tête : Julien, vierge et aveugle, a demandé à Matthieu de lui trouver une femme. Oui, la seule chose qu'il peut demander à Matthieu, c'est de regarder à sa place une femme, puis de le conduire à elle et de s'en aller. Chercher une femme ; chercher LA femme. En l'occurrence, Ingeborg, la putain magnifique…
Mais le désir ne se manipule pas impunément et peut se révéler explosif. Les deux garçons savent que leur pacte est fragile et lourd d'ambiguïté. Peut-être leur quête n'est-elle qu'une façon de fuir un autre désir, plus trouble, qu'ils refusent d'assumer.
Comme on parle à la nuit tombée est l'histoire d'une quête sexuelle et amoureuse. Sous les auspices de Georges Bataille, dans l'Amsterdam des années 70, labyrinthe des passions et symbole de liberté, Jocelyne François met en scène la ronde des corps et la violence du désir.