Présentation
J'ai l'habitude de me rendre sur les lieux d'homicides ou de morts violentes, afin de procéder au nettoyage de la scène de crime. Chez nous, les familles des victimes ou les propriétaires privés et publics sont responsables de la remise en état des locaux dans toute affaires de sang. Elles font appel à des sociétés spécialisées comme la mienne, ainsi commence une étrange lettre envoyée au narrateur par une société californienne Beauté numéro 7 . Cette lettre est signée du directeur qui prétend aussi qu'au-delà des aspects purement techniques de son travail il a appris au fil des années à écouter mieux que personne ce que les morts avaient à nous dire. Mais il apprend surtout au narrateur que son frère vient de se suicider ; ce qui laisse ce dernier tout songeur car il n'a pas de frère !
Qu'à cela ne tienne : il confie sa maison au facteur et part pour la Californie à la rencontre de singuliers personnages : Linus, le sage métaphysique désabusé, nettoyeur de cadavres… Shivaree, une jeune fille aux origines indiennes qui suit Linus comme son ombre en psalmodiant les paroles inaudibles de vieilles chansons de Bob Dylan… Karma, un Indien condamné à mort au Texas et réchappé du couloir de la mort qui plante des fleurs de cactus en papier phosphorescentes…
Le narrateur est ainsi convié à un curieux voyage initiatique, car Linus l'ayant choisi comme successeur, il devra apprendre à nettoyer les traces du passage des morts sur terre. Dans des décors de cinéma, ceux de motels fantomatiques perdus dans le désert, où l'eau croupie des piscines n'attend plus aucun baigneur, et dans lesquels d'adipeux clients regardent la télé toute la journée en mangeant des pizzas…
Yves Nilly procède par accumulation et par contraste, dans une langue syncopée, faite de ruptures de ton et d'images marquantes. Humour et lyrisme se mêlent dans un charme envoûtant et composent un conte électrique dont la nuit est déchirée d'éclairs fulgurants. Beauté numéro 7 revisite la mythologie du rêve américain et donne naissance à un genre nouveau : le road-movie poétique et féerique qui emporte le lecteur vers d'étranges contrées. C'est aussi un conte moderne qui pointe les défauts de l'âme humaine ( A quoi servent toutes ces conneries sur l'avenir de l'humanité alors qu'on ne sait pas vivre avec nos morts ? ) et milite pour la reconquête d'une géographie intime ( On n'apprend jamais rien des pays que l'on traverse, n'est-ce pas ? On devient un peu plus étranger à soi-même ).