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L'affaire Romain Gary / Émile Ajar Au début des années soixante-dix, Romain Gary est un auteur déjà très connu publié chez Gallimard. Son premier roman Education européenne a paru en 1945. En 1958, Gary reçoit le prix Goncourt pour Les Racines du ciel. Mais l’écrivain a bientôt la nostalgie des recommencements : en 1973, il a déjà écrit dix-neuf romans et il éprouve le sentiment de ne plus surprendre personne. Commence alors l'aventure Emile Ajar. Après avoir terminé la rédaction de Gros câlin, une sorte de fable sur la solitude, dans laquelle un statisticien s'éprend d'un python, Gary signe son livre Emile Ajar et l'envoie aux éditions Gallimard, où le manuscrit est refusé. Sans se faire connaître, Gary le propose alors à Simone Gallimard au Mercure de France, qui se décide aussitôt à le publier. Considéré comme un premier roman, le livre est assez favorablement accueilli par la critique, mais très vite un doute se propage quant à la véritable identité de son auteur. Le nom d’Emile Ajar en cacherait-il un autre : Raymond Queneau, Louis Aragon peut-être ? Gros câlin est pressenti pour le prix Renaudot, mais Robert Gallimard, le confident de Gary, le persuade de refuser par avance le prix. En 1975, afin de couper court à tout soupçon, Gary décide de donner corps à son pseudonyme. Le scénario se réalise à l'occasion de la publication d'un texte qui porta quelque temps le titre provisoire de La Tendresse des pierres avant de paraître sous celui de La Vie devant soi. Pour incarner le personnage de l’écrivain Ajar, Gary choisit son jeune cousin Paul Pavlovitch, un touche-à-tout assez doué. Michel Cournot, alors directeur littéraire, rencontre le jeune homme à Genève et Simone Gallimard fait sa connaissance dans la banlieue de Copenhague. Emile Ajar reçoit le prix Goncourt en novembre. Le prix ne pouvant être attribué qu’une seule fois à un même écrivain, Gary, conseillé par son avocate Gisèle Halimi, tente de dissuader son cousin d'accepter, mais celui-ci s'est pris jeu. Paul Pavlovitch, bientôt identifié comme le neveu de Gary, affirme n'être pour rien dans la rédaction du texte, ce qui ne compromet pas le succès triomphal du roman, qui se vend à plus d'un million d'exemplaires et sera traduit en vingt-trois langues. En 1979, un dernier livre paraît sous le nom d'Emile Ajar, L'Angoisse du roi Salomon. Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980. Dans Vie et mort d’Emile Ajar, un texte écrit le 21 mars 1979, il avait lui-même annoncé pour conclure : « Je me suis bien amusé. Au revoir et merci. » Le 30 juin 1981, un communiqué de l'AFP dévoile la véritable identité d'Ajar. |